L’organisme européen de défense des droits de l’homme – estime, dans une décision qui doit être rendue publique aujourd'hui, que le droit français « ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels ».
La France viole l’article 17 de la Charte européenne des droits sociaux dont elle est signataire, qui précise que les Etats parties doivent « protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation ».
Si vous êtes parents, grands-parents souvenez vous du temps où un enfant n'aurait jamais osé contredire ou répondre avec impertinence à un adulte.
Aujourd'hui bon nombre d'adultes (parents, enseignants, animateurs...) sont ulcérés devant le comportement de certains enfants. Que s'est il passé?
Voici quelques réflexions tirées de "la discipline Positive" de Jane Nelsen :
Rudolf Dreikurs, psychiatre autrichien propose une théorie : les changements intervenus sur le cours de la vie des 3 dernières générations .
- Les adultes ne sont plus, pour les enfants des modèles d'obéissance ni de soumission. Il fut un temps où les mères faisaient sagement ce que les pères leur demandaient (elles donnaient l'impression de se soumettre), c'était "comme ça" et culturellement acceptable. Dreikurs fait remarquer que "le jour où le père a perdu le contrôle sur la mère, les deux ont perdu le contrôle sur les enfants"
- A l'époque tout était soumission : le père se soumettait à son patron (qui n'accordait que peu de crédit à ses opinions).
- Aujourd'hui, les groupes minoritaires revendiquent leurs droits à l'égalité et à la dignité. Il est peu commun de trouver quelqu'un qui accepte une vie soumise. Les enfants souhaitent eux aussi être traités avec dignité et respect.
- De nos jours, les enfants ont moins d'opportunité de développer leur sens des responsabilités, leur motivation. Nous n'avons plus besoin qu'ils contribuent à notre survie ; nous leur donnons trop au nom de l'Amour, sans qu'ils aient besoin de fournir un effort, parfois même sans qu'ils aient à demander, ou à éprouver un quelconque besoin... Logiquement, ils se comportent comme si tout leur était dû.
- Trop souvent les parents surprotègent leurs enfants, les mettant dans une bulle afin de les protéger de toute déception ; ils n'ont donc aucun moyen de développer leurs capacité à faire face aux aléas de la vie.
- On oublie aussi très souvent à quel point il est important pour un enfant de contribuer, de participer au quotidien. Faire son lit, débarrasser la table, faire la vaisselle (vider le lave vaisselle) : en agissant pour eux, nous leur retirons l'opportunité de sentir qu'ils ont une place, apporter une contribution significative, c'est se sentir utile, responsable.
- Les enfants deviennent progressivement responsables lorsque leurs apprentissages (école ou maison) se déroulent dans un cadre de respect mutuel et de dignité.
D'un point de vue plus philosophique, et c'est une question - chacun aura sa réponse :
Souhaite-t-on que nos enfants soient des être soumis ou voulons-nous qu'ils évoluent en toute liberté intellectuelle ?
Et puisque le dernier article avait pour sujet les émotions, revenons-y : Que se passe-t-il émotionnellement pendant, et après la fessée?
Généralités du côté de l'adulte :
- la fessée tombe le plus souvent comme une sanction,
- elle est le recours ultime afin d'être obéi
- elle la seule manière connue de réagir, bien souvent, face à une situation déjà bien envenimée,
- défoulement : la colère explose !
après la fessée :
- la paix semble revenue (après cris et pleurs)
- la culpabilité d'avoir réagi avec colère et violence
- la crainte que l'enfant n'aime plus l'adulte
Généralités du côté de l'enfant :
- il est surpris, ou non.... mais choqué, même si il s'attendait à cette fessée
- il a mal ! mal physiquement, d'abord.
- Très vite, l'émotion le submerge
Après la fessée :
- Souffrance émotionnelle
- Stress
- Obéissance et soumission immédiate
- mise en place de croyances erronées : "mon parent est bon, je mérite une fessée. Je suis une mauvaise personne"
- intuitivement l'enfant peut croire que la fessée (la force physique, le pouvoir du plus fort, la violence) est la solution pour atteindre un objectif.
- ensuite : déconnexion émotionnelle, qui peut aller jusqu'à ce qu'on appelle la dissociation : l'enfant se déconnecte, car l'émotion ressentie est trop forte
Les études neurologiques ont montré le mécanisme qui se met en place lors de "violences éducatives ordinaires" :
"Les enfants, du fait de leur immaturité neurologique, sont particulièrement sensibles à la violence, à la douleur et au stress, bien plus que les adultes, et beaucoup plus exposés à des conséquences psychotraumatiques, même lors de violences qui peuvent paraître «minimes» aux adultes, et ce d’autant plus que ces violences sont commises par leurs parents ou des personnes censées les aimer et protéger .
Et contrairement à des idées reçues, le fait
qu’ils soient trop petits pour s’en souvenir ne signifie pas qu’il n’en seront pas
traumatisés, c’est même l’inverse puisque les conséquences sont d’autant plus
importantes que l’enfant est plus petit.
Mais si la sidération
provoquée par des cris, un hurlement, des injures, une tape, une menace semble
permettre d’obtenir une obéissance et une soumission instantanées par la peur,
la surprise, l’incompréhension, celle-ci s’accompagnant d’une paralysie du
cortex cérébral (la matière grise qui permet
de comprendre, d’analyser, de prendre des décisions et d’agir) et de l’hippocampe
(le système d’exploitation de la mémoire, des apprentissages et des repères
temporo-spatiaux), l’enfant perd ses moyens, il ne va pas pouvoir répondre à
une question (il est bloqué), il ne va pas pouvoir mobiliser sa mémoire et ses
apprentissages, il va être confus et perdu.
De plus la paralysie corticale (que l’on peut
visualiser sur des IRM fonctionnelles) ne permet plus de moduler le stress
provoqué par la réponse émotionnelle d’une structure sous-corticale :
l’amygdale cérébrale. Cette amygdale une fois allumée fait produire par
l’organisme des hormones de stress (adrénaline et cortisol) mais elle ne
s’éteint pas toute seule, c’est le cortex avec son pouvoir d’analyse de la
situation qui peut la moduler et l’éteindre. En cas de sidération, la
modulation ne se fait pas, le stress monte et comme il peut représenter un
risque vital cardio-vasculaire et d’atteintes neurologique par l’intermédiaire
d’un surdosage des hormones de stress(adrénaline et 14cortisol), un mécanisme
de sauvegarde se met alors en place pour éteindre de force la réponse
émotionnelle en faisant disjoncter le circuit à l’aide de drogues puissantes
sécrétées par le cerveau qui sont comme un cocktail morphine-kétamine.
Brutalement l’enfant se retrouve alors en anesthésie émotionnelle, il se calme
en effet, non parce qu’il a décidé d’obéir et de se calmer mais parce qu’il ne
ressent plus rien, ni émotion, ni douleur : il est déconnecté, comme absent et
envahi par un sentiment d’irréalité, il peut se sentir spectateur de la
situation, c’est ce qu’on appelle la dissociation traumatique.
Cette sidération et
cette dissociation traumatique qui sont des processus neuro-biologiques
involontaires et normaux lors de violences sont souvent à l’origine de recrudescences
de violences de la part du parent. En effet si le parent qui corrige l’enfant
est d’abord satisfait que celui-ci s’arrête immédiatement et paraisse soumis et
obéissant, cela se gâte très souvent ensuite.
La sidération de
l’enfant peut l’empêcher de répondre à des questions, de s’excuser, d’agir ou
d’obéir à un ordre, le fait qu’il reste paralysé sans rien dire ni faire peut
énerver le parent et le rendre encore plus violent.
Le stress extrême
consécutif à la sidération peut entraîner une grande agitation et des
comportements inappropriés automatiques qui feront monter encore plus la colère
du parent.
L’état de dissociation
qui lui, contrairement à la sidération n’est pas forcément recherché lors des
violences éducatives peut donner l’impression au parent que l’enfant est
indifférent à tout ce qu’il peut lui dire et lui faire, qu’il résiste à la
douleur, qu’il ne veut rien comprendre. Le parent interprète la dissociation comme
de la provocation et comme un acte de résistance volontaire pour s’opposer à
lui, un défi, alors qu’il s’agit d’un mécanisme psychotraumatique automatique,
il peut alors redoubler de violence pour que l’enfant obtempère à un ordre,
montre une contrition, présente ses excuses, s’explique, ce dont il est
incapable en raison de son état. De plus face à cet état de dissociation de l’enfant,
le parent n’a plus de repères émotionnels lui permettant d’évaluer la souffrance
et la douleur qu’il provoque chez l’enfant (ses neurones miroirs ne lui
renvoient pas d’informations sur l’état émotionnel de l’enfant) et de contrôler
sa violence en regard, et l’enfant ne sera pas en mesure d’éviter ou de parer
les coups, de faire un barrage mental vis à vis des injures, ce qui rendra les
violences physiques et psychologique encore plus préjudiciables. L’enfant a
beau être anesthésié émotionnellement et physiquement («même pas mal !») lors
de la dissociation il n’en sera pas moins traumatisé.
Au-delà de créer une sidération, les violences éducatives ont également pour but de créer chez l’enfant «un conditionnement» (un dressage) par la mise en place d’un autre mécanisme psychotraumatique qui fait suite à la disjonction : une mémoire traumatique. L’interruption des circuits de la mémoire lors de la disjonction empêche la mémoire émotionnelle d’être traitée par l’hippocampe et transformée en mémoire autobiographique et en apprentissage. La mémoire émotionnelle reste bloquée et non-intégrée dans l’amygdale cérébrale, elle devient une machine à remonter le temps infernale qui fera revivre à l’enfant l’évènement traumatisant à l’identique, comme s’il se reproduisait à nouveau, lorsqu’il se retrouvera dans les mêmes conditions ou qu’une situation les lui rappellera (un lieu, un cri, un horaire de la journée, etc.) Cette reviviscence entrainera les mêmes effets stressants, la même douleur et les mêmes sentiments de peur et d’humiliation, de peur de perdre l’affection de son parent, que ceux ressentis lors des châtiments, l’enfant ré- entendra les même phrases, sera envahi par les mêmes violences et il sera à nouveau sidéré et dissocié. Il est à noter que ces processus ne produisent que des circuits de conditionnement et ne permettent pas d’apprentissage et d’analyse. Il ne s’agit que de dressage.
Au-delà de créer une sidération, les violences éducatives ont également pour but de créer chez l’enfant «un conditionnement» (un dressage) par la mise en place d’un autre mécanisme psychotraumatique qui fait suite à la disjonction : une mémoire traumatique. L’interruption des circuits de la mémoire lors de la disjonction empêche la mémoire émotionnelle d’être traitée par l’hippocampe et transformée en mémoire autobiographique et en apprentissage. La mémoire émotionnelle reste bloquée et non-intégrée dans l’amygdale cérébrale, elle devient une machine à remonter le temps infernale qui fera revivre à l’enfant l’évènement traumatisant à l’identique, comme s’il se reproduisait à nouveau, lorsqu’il se retrouvera dans les mêmes conditions ou qu’une situation les lui rappellera (un lieu, un cri, un horaire de la journée, etc.) Cette reviviscence entrainera les mêmes effets stressants, la même douleur et les mêmes sentiments de peur et d’humiliation, de peur de perdre l’affection de son parent, que ceux ressentis lors des châtiments, l’enfant ré- entendra les même phrases, sera envahi par les mêmes violences et il sera à nouveau sidéré et dissocié. Il est à noter que ces processus ne produisent que des circuits de conditionnement et ne permettent pas d’apprentissage et d’analyse. Il ne s’agit que de dressage.
Cette mémoire
traumatique sera tellement insupportable que pour y échapper l’enfant mettra en
place des conduites d’évitement et de contrôle pour éviter ses effets. Cette
aversion et ces stratégies de contrôles sont recherchées par la violence
éducative pour que l’enfant ne recommence pas à avoir des comportements jugés
par les parents comme inappropriés (comme toucher à des objets, crier, etc.).
Or, de même qu’avec la
sidération ces mécanismes psychotraumatiques ne s’arrêtent pas là, les conduites
d’évitement et de contrôles peuvent devenir invasives avec des phobies, des
troubles obsessionnels compulsifs et des enfants qui s’échappent dans un monde
imaginaire, ce qui aura des répercussions sur leur sociabilité et leurs
apprentissages. Cette mémoire traumatique sera également à l’origine d’une souffrance
et d’une culpabilité durable, d’un manque d’estime de soi et de confiance en
soi, d’un sentiment d’insécurité permanent, et d’un état de stress qui aura des
répercussions sur l’appétit et le sommeil de l’enfant, ainsi que sur ses
capacités de concentration, de mémorisation, sur ses apprentissages avec un
risque de régression comme avec la propreté. Ainsi un enfant qui présente des
troubles de l’alimentation et du sommeil, une énurésie, des difficultés
scolaires, des phobies et des angoisses sera considéré comme un enfant
difficile et encore plus à risque de subir des violences par des parents qui
seront d’autant plus excédés, avec l’installation d’un cercle infernal."
Dre Muriel Salmona,
psychiatre-psychotraumatologue, octobre 2014
Vous pouvez aller visiter le site d' OVEO qui vous informera plus en détail sur les répercussion des violences subies dans l'enfance...
Chacun fait en son âme et conscience, les réponses du style : "j'ai eu des fessées et ça ne m'a pas tué" sont fréquentes, pourtant, à la lecture de toutes ces nouvelles études scientifiques, on ne peut plus dire qu'on ne savait pas.
L'adulte que nous sommes et qui a eu des fessées (il est fort possible qu'on en ai tous reçu - et probable qu'on en ai tous donné à un moment donné!) donne forcément cette réponse logique, puisque l'enfant en nous protège encore celui en qui nous avons le plus confiance, celui qui nous a éduqué, et pris des décisions "pour notre bien". Il n'est pas question d'accuser qui que ce soit, "ils" ne savaient pas.
Maintenant, nous savons !
Le principe de base est que les enfants apprennent plus par la compréhension, l’exemple, la coopération et les récompenses que par le conflit et la répression. L'éducation bienveillante s'appuie sur des études qui montrent que lorsque les enfants se sentent bien, ils ont tendance à bien se comporter et quand ils se sentent mal, ils sont beaucoup plus susceptibles de mal se comporter.
Eduquer avec bienveillance,
C'est avoir connaissance du développement psychomoteur de son enfant et lui demander ce qu'il est en capacité de comprendre, de faire ;
C'est prendre le temps de fixer des règles, de les commenter, de s'assurer qu'elles sont comprises.
C'est aussi utiliser un panel d'outils pour faire respecter les règles de vie, les valeurs de la famille.
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